Les clés pour apprendre

Dernière mise à jour 13/06/19 | Article
Grâce aux avancées scientifiques, notamment celles de la psychologie cognitive et des neurosciences, nous comprenons de mieux en mieux les processus de l’apprentissage. De quoi battre en brèche les idées reçues et revoir nos stratégies pour acquérir et enseigner de nouvelles connaissances.

Le potentiel du cerveau humain serait énorme. Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale, le démontre dans son dernier ouvrage Apprendre! Les talents du cerveau, le défi des machines*. Dès la naissance, selon le scientifique, nous possédons un vaste mais invisible savoir. Le bébé a des intuitions précoces sur le sens des nombres, l’espace, les objets, les personnes, les langues, etc., qui guident ses apprentissages. Loin d’être une «ardoise vierge» de toute connaissance comme on l’a longtemps cru, il est équipé de riches modules cérébraux et se comporte comme un vrai scientifique. Au du monde extérieur, il teste et vérifie toutes sortes d'hypothèses: «La cuiller tombe-t-elle si je la pousse en dehors de la table?».

Si l’être humain a dès le départ de remarquables capacités pour apprendre, encore faut-il connaître les meilleures stratégies pour favoriser ce processus, notamment chez l’enfant. Dans son livre, Stanislas Dehaene s’appuie sur les dernières connaissances scientifiques pour nous expliquer comment le cerveau humain apprend, déconstruisant au passage les idées reçues. Pour lui, l’apprentissage repose sur quatre piliers : l’attention, l’engagement actif, le retour sur erreur et la consolidation. Il en tire des conseils pratiques à destination à la fois des parents et des enseignants. Florilège.

Ne pas sous-estimer l’enfant et nourrir sa plasticité cérébrale

Prendre conscience de ses compétences et s’appuyer sur ses intuitions précoces dans nos interactions avec lui. Avoir à l’esprit que durant les toutes premières années de vie, des milliards de synapses (espaces assurant la transmission des informations entre les neurones) se font et se défont chaque jour. Le cerveau est alors particulièrement réceptif aux apprentissages, notamment à celui des langues. Stanislas Dehaene conseille vivement d’exposer l’enfant à une deuxième langue durant l’enfance, période de grande plasticité cérébrale.

Enrichir son environnement

Respectons son cerveau en le stimulant dès le jeune âge. Proposez-lui des défis, des jeux de construction, racontez-lui des histoires, par exemple. Mais surtout, prenez-le au sérieux et offrez-lui un environnement riche. Cela signifie: lui expliquer le monde, répondre à ses questions, même si elles sont complexes, et employer un vocabulaire élaboré. L’idée? Maximiser le potentiel de croissance de son cerveau et entretenir sa plasticité.

S’adapter à l’enfant

Le professeur l’affirme: l’idée qu’on aurait tous un profil d’apprenant différent (visuel, auditif, etc.) est un mythe. L’imagerie cérébrale montre au contraire que nous possédons tous des circuits et des règles d’apprentissage très semblables. En revanche, nous n’apprenons pas tous à la même vitesse et nous avons des goûts différents. En conséquence : il faut stimuler l’enfant en fonction de son niveau et de ses intérêts.

Capter son attention

Pour mémoriser une information, le cerveau doit d’abord la sélectionner, puis l’amplifier, la canaliser et l’approfondir. Pour l’y aider, il convient d’écarter les sources de distraction (classes trop décorées, livres trop illustrés, par ex.) qui pourraient nuire aux processus de l’attention. Cette concentration n’est en outre possible que si l’enfant prend conscience de ce qu’il doit apprendre.

Stimuler sa curiosité

Un enfant passif à qui on délivre un cours magistral n’apprend pas, ou si peu. Il faut le rendre actif, solliciter son intelligence en le poussant à émettre des hypothèses, favoriser son engagement et son autonomie. Mieux vaut également le guider avec une pédagogie structurée plutôt que de le laisser livré à lui-même.

Y mettre du plaisir

«Les circuits de la récompense sont des modulateurs essentiels de la plasticité cérébrale», indique Stanislas Deheane. Autrement dit, le plaisir est un ingrédient important de l’apprentissage, tout comme l’effort. Plutôt que de stresser l’enfant récompensons-le de son travail et de ses progrès ne serait-ce que par un sourire ou des encouragements.

Fixer des objectifs clairs

L’enfant apprend mieux lorsque les buts de l’apprentissage lui ont été explicités.

Accepter l’erreur

Le cerveau apprend lorsqu’il y a un retour sur erreur. L’enfant a besoin de savoir rapidement s’il a fait juste ou faux. Pour progresser, il doit pouvoir comprendre en détail pourquoi il s’est trompé et comment il peut corriger ses modèles mentaux. À cet égard, le contrôle des connaissances est une stratégie pédagogique très efficace. Le simple fait de mettre sa mémoire à l’épreuve la rend forte.

Réviser souvent

On apprend jusqu’à trois fois mieux lorsqu’on révise un contenu régulièrement plutôt que massivement en une seule fois. L’espacement des sessions d’apprentissage augmente l’activité cérébrale. Nos circuits cérébraux sont ainsi poussés à travailler et profondément. Lorsque le savoir devient automatique, le cortex préfrontal devient disponible pour d’autres activités.

Veiller au sommeil de l’enfant

Lorsque nous dormons, notre cerveau rejoue les événements importants de la journée – sous une forme accélérée – et les enregistre dans un compartiment efficace de la mémoire. Dormir permet ainsi de consolider les apprentissages. Réviser du vocabulaire ou une leçon d’histoire juste avant d’aller se coucher peut s’avérer très utile!

_________

* Ed. Odile Jacob, 2018.

Paru dans Virusfaq magazine N° 34 - Juin 2019

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